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Élections locales 2026 : une message clair et un avenir politique incertain pour le Royaume-Uni

Aurélien Antoine, Directeur de l’Observatoire du Brexit – Groupe de Recherche sur le Royaume-Uni et l’UE post-Brexit

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les élections locales du 7 mai au Royaume-Uni ont tenu leurs promesses : des résultats catastrophiques pour les travaillistes au pouvoir auxquels a succédé un mélodrame politique dont nos amis britanniques ont le secret.

Le Premier ministre, Keir Starmer, abordait ce scrutin avec peu de confiance. Sa cote de popularité alors au plus bas et la difficulté pour tout parti au pouvoir de remporter des élections intermédiaires demeuraient les signes tangibles d’une déconvenue certaine. La question se posait de savoir quelles en allaient être l’étendue et les conséquences dont il convient d’apporter une analyse critique.

I. L’étendue de la défaite des travaillistes lors du scrutin local du 7 mai

Avant de révéler le détail de l’issue des élections du 7 mai, nous rappellerons quels sièges étaient en jeu, puis nous rappellerons quelques éléments de contexte.

  1. Diversité et modalités des élections locales

Les électeurs britanniques étaient appelés aux urnes comme chaque année pour renouveler une partie des sièges des autorités locales aux statuts divers[1]. En 2025, le scrutin portait sur 1600 sièges de conseillers pour 23 autorités locales anglaises, auxquels s’ajoutaient six élections de maire. Cette année, l’essentiel des sièges acquis en 2021 étaient remis en jeu. Outre les 5066 conseillers de 136 autorités en Angleterre, six maires devaient être désignés[2]. Surtout, les parlements écossais et gallois (le Senedd) faisaient l’objet d’un renouvellement complet (les dernières élections nationales remontaient également à 2021.

Les modalités du scrutin variaient selon les institutions concernées. Les conseillers des autorités locales ont été élus au scrutin majoritaire uninominal à un tour (first-past-the-post, souvent critiqué en raison de son iniquité et pour les résultats inattendus qu’il peut produire, en particulier dans le cadre d’une offre politique éclatée), tandis que les membres du Parlement écossais (MSPs) le sont sur la base du first-past-the-post couplé à l’additional member system (système du membre additionnel). Dans ce cadre, les électeurs disposent de deux bulletins. Le premier permet de voter pour un candidat de leur circonscription. Le second porte sur une liste régionale. Les candidats de circonscription sont élus en tout premier lieu au first-past-the-post. S’y ajoutent ensuite des élus en fonction du score obtenu par les listes partisanes dans chaque région. Le scrutin proportionnel s’impose ici, mais en tenant compte du nombre d’élus à l’échelon de la circonscription. Plus précisément, c’est le système d’Hondt qui s’applique : les sièges additionnels sont calculés à partir du nombre de votes obtenus divisés par le nombre de sièges de circonscription et régionaux déjà gagnés dans la région en question, plus un. Le parti qui atteint le chiffre le plus élevé à la suite de ce calcul remporte un membre supplémentaire (d’où le nom du mode de scrutin). Le calcul est répété jusqu’à ce que tous les sièges soient distribués. Il s’agit donc d’un mode de scrutin proportionnel mixte, avec une dose majoritaire. Notons qu’un candidat peut se présenter en circonscription et sur une liste régionale. Pour le Parlement écossais, 73 députés ont été élus dans le cadre d’une circonscription et 56 le furent à partir d’une liste régionale.

En ce qui concerne le Senedd, le nombre de députés est passé de 60 à 96 lors de ce scrutin. Ce changement fut introduit par le Senedd Cymru (Members and Elections) Act 2024. Seize circonscriptions élisent 6 députés. Le système D’Hondt s’applique également, selon les mêmes modalités de calcul évoquées pour le Parlement écossais.

La complexité du mode de scrutin explique qu’il a fallu attendre près de deux jours avant d’obtenir les résultats définitifs en Écosse et au pays de Galles.

  1. Quelques éléments de contexte

Plusieurs données doivent être conservées à l’esprit afin d’apprécier convenablement les résultats des élections locales de 2026. S’il y a bien une influence de la situation nationale dans la détermination du vote des électeurs, celle-ci n’est pas exclusive. Les considérations locales pèsent dans le choix des citoyens. Le taux de participation est aussi une donnée préalable à ne pas négliger. Bien qu’en augmentation, il demeure bien inférieur à la mobilisation qui prévaut lors des élections générales (environ 40 % pour les élections locales contre 60-70 % pour la désignation des Members of Parliament). La participation a également augmenté pour les élections au Senedd (de 47 % à 52 % des inscrits), mais elle s’est contractée en Écosse (63 % à 53 %).

Deux autres considérations de nature structurelle sont à prendre en compte. La tendance au recul du bipartisme initié dans les années 2010 avec le succès des libéraux-démocrates et du parti national écossais (SNP) s’est accentuée au fil du temps. Elle se fait au détriment du parti travailliste et des conservateurs et s’impose d’abord à l’échelle locale, bien plus qu’à Westminster. Alors que la fin définitive du bipartisme est annoncée ou actée depuis de nombreuses années, elle peine à se matérialiser au sein des institutions nationales (en vertu, principalement, du mode de scrutin). Seules les élections générales de 2010 ont, depuis les 25 dernières années, généré un Parlement sans majorité – à la faveur d’une coalition conservatrice libérale-démocrate largement dominée par les tories.

En 2026, la nouveauté tient à l’adjonction de nouvelles forces dont les résultats avaient été remarqués lors de précédentes élections. C’est évidemment le cas de Reform UK (entré au Parlement en 2024 avec 5 MPs, puis victorieux des élections locales de 2025), mais aussi des Verts (succès à l’élection partielle de Gorton and Denton en février 2026 et résultats honorables lors des scrutins locaux), ou du Plaid Cymru au pays de Galles (déjà bien présent dans le Senedd, il a remporté le siège de la circonscription de Caerphilly en octobre 2025, un bastion travailliste).

Le dernier élément structurel est une constante des élections locales déjà mentionnée plus haut : la difficulté, pour le parti au pouvoir, de les emporter. Le risque de reflux électoral est d’autant plus fort que la dimension locale du scrutin laisse plus de place aux initiatives partisanes limitées aux territoires concernés. Toutefois, c’est une constante de la vie politique des démocraties occidentales depuis une quinzaine d’années qui s’impose : celui du « dégagisme » dont les responsables politiques sont victimes (nous y reviendrons).

Quant au contexte conjoncturel, il a été déterminant pour comprendre l’issue du scrutin. En premier lieu, les travaillistes n’ont pas pu présenter un bilan économique et social concluant et capable de surmonter l’augmentation du coût de la vie (cost-of-living crisis). Le contexte international en est la principale raison, mais également des choix budgétaires qui n’ont pas permis de répondre aux attentes sociales d’une partie du Royaume-Uni (en particulier dans le nord de l’Angleterre et au pays de Galles). Les hésitations et les retours en arrière ont entamé la crédibilité du gouvernement dans sa capacité à faire face aux défis actuels : immigration, réponse à l’antisémitisme, positionnement à l’égard des militants pro-palestiniens…

En deuxième lieu, Keir Starmer sortait tout juste d’une séquence politique à haut risque à la suite des révélations liées à l’affaire Epstein. La nomination de l’un des amis du criminel sexuel new-yorkais, Peter Mandelson, au poste d’ambassadeur aux États-Unis a rapidement soulevé des interrogations sur la lucidité de Keir Starmer. Sa probité devant la Chambre des Communes a été mise en cause, ce qui a failli ouvrir la voie à un contempt of Parliament. S’il avait dû être constaté, Keir Starmer n’aurait pas eu d’autres choix que de démissionner en application du Code ministériel.

En troisième lieu, les travaillistes n’ont jamais suscité de véritable adhésion de la part des citoyennes et des citoyens. Le nombre conséquent de députés dont ils disposent à la chambre basse (402) est un trompe-l’œil. Il résulte de l’effondrement du parti tory, du scrutin majoritaire uninominal à un tour défavorable à la droite (éclaté en deux partis : les conservateurs et Reform UK), et de l’absence d’alternative crédible à gauche en 2024. La participation fut faible, au point que Keir Starmer et ses troupes obtinrent nettement moins de suffrages que lors des élections (perdues) de 2017 et 2019.

En dernier lieu, le Cabinet a été accaparé par des urgences de politique extérieure (guerre en Iran, épisode d’Hantavirus sur un bateau de croisière, notamment) dont l’éventuelle bonne gestion n’est pas récompensée lors des scrutins locaux et nationaux. De façon plus générale, le travail plutôt convenable de Keir Starmer sur le scène internationale (rapprochement avec l’UE, rôle incontournable dans la construction d’une Europe de la Défense, fermeté à l’égard des États-Unis…) n’a pas suscité un sursaut des électeurs en faveur du Labour.

  1. Une Berezina attendue en Angleterre au profit de Reform UK

Sur les 5047 sièges à renouveler, Reform UK en obtient plus de 1450, c’est-à-dire près de 29 %. Le parti travailliste, qui en détenait une très large majorité, en perd près de 1230. Les conservateurs cèdent à nouveau du terrain (entre 433 et 569 selon les décomptes[3]). Les libéraux-démocrates confirment leur maintien à de bons niveaux en remportant environ 150 sièges. Les Verts engrangent environ 400 conseillers supplémentaires.

Les travaillistes se retrouvent avec un déficit de 37 conseils, alors que Reform UK enregistre un gain de 14 collectivités (5 pour les Verts et 3 pour les libéraux-démocrates). Le parti d’extrême droite est désormais en mesure de contrôler une trentaine de localités.

Source : BBC

 

Source : The Guardian

 

À la suite de ces élections, la répartition totale du nombre de conseillers se resserre, mais les travaillistes, les conservateurs et les libéraux-démocrates devancent encore Reform UK.

Les prévisionnistes n’ont pas été étonnés de cette issue, même si The Guardian a joué la prudence au début de la diffusion des premiers résultats. Certains analystes étaient même plus pessimistes pour les travaillistes avec une perte de 1900 élus et envisageaient une progression de près de 2300 sièges pour Reform UK.

L’étude fine des chiffres permet de constater que le Labour a cédé des voix au profit des Verts (principalement dans les autorités locales du Grand Londres, des villes proches de la capitale et, dans une moindre mesure, dans le nord), mais aussi du parti de Nigel Farage, plus spécialement dans le nord de l’Angleterre. Aucun scrutin n’a de quoi rassurer les travaillistes : leur recul se constate partout, sans lot électoral de consolation.

Reform UK apparaît, sans surprise, comme le grand vainqueur. Cependant, la progression de cette formation politique en nombre de voix n’est pas nette. Plusieurs instituts ont réalisé une projection des résultats en proportion de votes à l’échelle nationale. Reform recule de 4 points de pourcentage par rapport à 2025 (de 30 % à 26 %). Ces projections montrent surtout que trois autres partis (Labour, Conservatives, Lib-dem et Greens) se concentrent autour de 16 % – 18 % des intentions de vote.

Source : BBC
  1. Une défaite historique du Labour au pays de Galles

Au pays de Galles, les oracles du malheur travailliste ont vu juste : le Labour perd le contrôle du Senedd, une première depuis sa création en 1999. En 2021, il leur manquait un siège pour atteindre la majorité absolue après avoir réalisé des scores constants depuis 1999. Mais le véritable coup de tonnerre n’est pas tant la défaite travailliste au profit des indépendantistes fort modérés du Plaid Cymru, mais les gains enregistrés par Reform UK, qui s’affirme comme la deuxième force politique galloise, devant les travaillistes. Sur les 95 sièges, il en remporte 34. En 2021, les forces d’extrême droite n’avaient gagné aucun siège (contrairement au scrutin de 2016 qui avait vu l’entrée de 7 députés issus du UKIP). Le naufrage du Labour a aussi été marqué par la défaite d’Eluned Morgan, la cheffe du gouvernement gallois.

Pour le parti nationaliste gallois, c’est la confirmation d’une progression attendue. Avec 43 sièges, il frôle la majorité absolue des sièges à conquérir. L’essentiel des voix des anciens électeurs travaillistes s’est donc porté sur cette formation, mais aussi vers les Verts qui font leur entrée au Senedd avec deux élus, tout comme au Parlement écossais.

  1. La confirmation d’une domination relative du SNP en Écosse

Les élections générales de 2024 avaient mis le SNP KO. Troisième force politique de Westminster à la suite des élections de 2019, 2017 et 2015, les nationalistes écossais se sont retrouvés avec seulement 7 élus en 2024. Le parti travailliste et les libéraux-démocrates en avaient largement tiré profit. Le scrutin local de 2026 était donc assez incertain. S’il ne faisait guère de doute que le SNP allait ressortir majoritaire, la question de la nature de cette majorité se posait : relative ou absolue ? Le moteur de l’indépendance soutenue par la formation de John Swinney semblait en panne depuis l’initiative avortée de Nicola Sturgeon, l’ancienne leader du parti, de lancer unilatéralement une consultation sur le sujet. L’adhésion des électeurs aux projets du SNP, par ailleurs ébranlé par une crise interne en 2023-2024, s’est érodée.

L’issue des élections au Parlement écossais confirme l’ambiguïté. Vainqueur des élections, le SNP n’obtient pas de majorité absolue. Il perd six sièges, mais, surtout, recule nettement en part des votes, que ce soit à l’échelle des circonscriptions (- 10 points de pourcentage) ou à celle des listes régionales (- 13 points de pourcentage). Le succès très relatif du SNP tient sans doute à une forme de vote par défaut. Le rejet des partis traditionnels (travailliste et conservateur) et l’ancrage politique trop récent des partis émergents (Reform UK et Verts) l’expliquent.

Le cas écossais confirme, cependant, deux tendances : la bonne tenue des Verts dans les aires urbaines (les deux sièges gagnés le sont à Édimbourg et Glasgow), et la substitution de Reform UK au parti conservateur dans le vote de droite. Avec 17 sièges, la formation de Nigel Farage fait une percée inédite et remarquée. Les conservateurs ne détiennent plus que 12 sièges (un reflux de 19 sièges).

En nombre d’élus, les travaillistes semblent limiter la casse en passant de 22 en 2021 à 20. L’érosion en pourcentage des voix reste contenue (environ 2,5 points de pourcentage pour les suffrages de circonscription et 2 points de pourcentage pour ceux exprimés au niveau de la région). Le recul modéré du Labour en Écosse est une bien piètre consolation face aux multiples déconvenues subies le 7 mai. Les conséquences de ce scrutin ne pouvaient en être que plus chaotiques.

 

Source : electionmapuk

 

II. Les conséquences et les enseignements multiples des résultats

Les élections locales de 2026 apparaissent comme une nouvelle séquence de l’ère d’incertitude et de déstabilisation politique initiée avec le référendum du 23 juin 2016 sur le Brexit. La figure de Nigel Farage, son parti et son agenda s’imposent désormais durablement dans le paysage politique. Le rejet consommé des partis dominants de l’histoire politique britannique contemporaine favorise aussi les indépendantistes au pays de Galles, alors qu’ils restent forts en Écosse. Face à ce défi, le parti travailliste pense que le changement de leader pourrait lui donner un second souffle et éviter la fuite de ses électeurs vers les Greens.

  1. L’enracinement de Reform UK dans le paysage institutionnel local

L’enseignement du scrutin quant à l’état des forces politiques outre-Manche est sans appel : une installation confirmée de Reform UK dans le paysage local. Elle constitue la base indispensable à de futurs succès nationaux. En engrangeant plusieurs victoires consécutives, le parti de Nigel Farage continue d’être le favori en cas d’élections générales, qui se tiendront, au plus tard, en juillet 2029.

Il faut, toutefois, apporter un peu de nuance au triomphe actuel et peut être à venir de Reform UK, et ce, à quatre égards. Les projections en sièges réalisées après ces élections locales (et avec les sérieuses limites qu’elles recèlent) ne donnent pas une majorité absolue à Reform UK. Dans une certaine mesure, et à la lumière de l’évolution de la proportion des votes qui se sont portés sur cette formation, elle connaît un plateau dans sa progression.

En outre, l’exercice du pouvoir à la tête des administrations locales sera autant d’expériences qui pourraient s’avérer peu probantes, tandis que le parti n’est pas à l’abri de scandales (portant, par exemple, sur les finances douteuses de son chef, Nigel Farage, et les propos haineux, antisémites ou faisant l’apologie du nazisme de certains de ses représentants).

D’autres inconnues, parfois minorées, joueront également un rôle : la mobilisation de l’électorat, ou les conséquences d’une concurrence entre deux partis de droite dont les idées sont parfois interchangeables, comme en matière d’immigration. Notons, d’ailleurs, que les tories, s’ils ont encore moins de conseillers, n’ont pas perdu d’électeurs par rapport au précédent scrutin local. Ils progressent même de deux points de pourcentage en projection des votes à l’échelle nationale (de 15 % à 17 %). L’enjeu à l’issue de ces élections est finalement de savoir si Reform UK va complètement se substituer au parti conservateur ou être en position de pouvoir lui imposer de participer à une coalition en l’absence de majorité en 2029. Si tel devait être le cas, ce bouleversement à droite pourrait limiter la fragmentation de l’électorat constatée depuis plusieurs années.

Enfin, les succès de nouveaux tiers partis (les Verts et le Plaid Cymru), qui s’ajoutent à la bonne tenue des Lib-dem et au maintien du SNP, renforcent les incertitudes pour 2029.

  1. L’attraction pour les partis indépendantistes

Le Plaid Cymru a réalisé des scores inédits qui vont lui permettre de conduire un gouvernement minoritaire au pays de Galles. À l’instar du SNP en Écosse, les orientations économiques et sociales du parti nationaliste gallois ne sont pas fondamentalement opposées à celles des travaillistes. C’est un point essentiel à retenir, car il peut, dès lors, rapidement fidéliser son électorat venu du centre gauche, au-delà d’un simple mouvement de mécontentement ponctuel. L’installation du Plaid Cymru pourrait être durable et avoir des répercussions directes sur les prochaines élections générales. En effet, les résultats des travaillistes au pays de Galles sont cruciaux afin de pouvoir emporter les élections générales (ce qui fut aussi en partie le cas en Écosse en 2024). L’Angleterre, bien plus à droite, ne suffira pas, en 2029, à compenser les pertes qui semblent se dessiner au pays de Galles comme en Écosse pour le Labour.

La montée en puissance du Plaid Cymru et la relative stabilité du SNP en nombre de sièges au sein du Parlement écossais ne doivent pas occulter une réelle dispersion des voix dans les nations celtes. Ce phénomène avait été perçu lors des élections en Irlande du Nord en 2022, où l’opposition traditionnelle entre unionistes et républicains a été perturbée par l’Alliance Party. En Écosse, les Verts étaient déjà incontournables pour le SNP afin de constituer une plate-forme de gouvernement commune (Bute House agreement) après le scrutin de 2021 (accord qui vola en éclat et qui fut à l’origine de la crise politique de 2024). Il faut désormais ajouter Reform UK. Ce morcellement n’a pas, pour l’heure, empêché John Swinney de se maintenir à son poste et de former un Cabinet appuyé par une majorité relative à Holyrood. La situation est la même au pays de Galles : le chef des nationalistes, Rhun ap Iorwerth, conduit un gouvernement minoritaire.

Pour les travaillistes, l’effondrement constaté au pays de Galles reste, néanmoins, le fait le plus préoccupant de ces élections. Il est sans doute l’un des facteurs majeurs de la remise en cause du leadership de Keir Starmer, qui doit faire face à un Royaume-Uni dont les fractures sont toujours les mêmes depuis le Brexit.

  1. La remise en cause du leadership travailliste

La conséquence marquante du scrutin de mai 2026 est le mélodrame politique qui a secoué le parti travailliste quelques heures seulement après les premiers résultats. Déjà affaibli, Keir Starmer ne pouvait sortir indemne de la véritable « claque » infligée par les électrices et les électeurs. Rapidement, plusieurs élus locaux ayant perdu leur siège, puis des backbenchers ont appelé Keir Starmer à prendre ses responsabilités en démissionnant. Près d’une centaine de députés travaillistes ont appelé au départ de leur chef ou de prévoir, à tout le moins, une sortie programmée du 10 Downing Street. Plusieurs membres de l’Exécutif se sont également désolidarisés du Premier ministre (d’autres faisant pression pour un départ). Huit membres du gouvernement et un ministre du Cabinet, Wes Streeting, ont démissionné. C’est justement cet événement qui a provoqué un réel flottement quant à l’avenir de Keir Starmer. Il a surtout permis à Andy Burnham, le maire du Grand Manchester, d’assumer pleinement son désir de succéder à Keir Starmer.

Dans le cas d’une contestation de l’autorité du chef des travaillistes, deux solutions se présentent : la démission de l’intéressé s’il se considère trop affaibli, ou une procédure de défiance interne au parti. L’actuel Premier ministre a exclu catégoriquement la première hypothèse. Quant à la seconde, elle est plus périlleuse qu’il n’y paraît.

Pour rappel, la mise en cause de leader du parti impose le respect des règles fixées dans le Labour Party Rule Book dont la bonne application est assurée par le National Executive Committee (NEC). Les députés peuvent initier une procédure chaque année avant la conférence annuelle du parti qui se tient au début de l’automne. Tout MP qui souhaite la lancer contre un leader en place doit obtenir le soutien de 20 % d’élus aux Communes, soit 81 dans sa configuration actuelle. En apparence, ce seuil semble atteignable, puisque près d’une centaine de MPs ont appelé Keir Starmer à la démission. Pourtant, ce chiffre n’implique pas forcément qu’ils soutiennent tous un seul et même candidat à la succession. Wes Streeting l’a d’ailleurs bien compris. Dans sa lettre de démission du poste de ministre de la Santé, fort longue, il ne prétend pas s’engager dans un affrontement immédiat avec Keir Starmer, tout simplement parce qu’il n’est pas parvenu à réunir les 81 noms à cet instant. De son côté, le Premier ministre a obtenu la mobilisation explicite de 159 MPs, tandis que 110 backbenchers s’opposent au processus de changement de chef. 147 n’ont pas pris position après le 7 mai. Quoi qu’il en soit, en cas de challenge, le sortant sera automatiquement candidat à sa propre succession[4].

L’exposé de ces premières conditions permet de comprendre que, pour pouvoir se lancer dans la course à la direction du parti, il faut être membre de la Chambre des Communes. Plusieurs personnalités ont laissé entendre, toutefois, que cette obligation n’était pas impérative et pouvait être interprétée de façon souple. La question est d’importance, car le principal concurrent de Keir Starmer, Andy Burnham, n’est pas député. Selon une approche minoritaire, il lui suffirait d’être parlementaire (nommé lord, il pourrait être Premier ministre) ou d’être désigné leader du parti (et donc Premier ministre) dans l’attente d’une éventuelle victoire lors d’une élection partielle aux Communes. Ces démonstrations, en partie soutenues par quelques juristes, s’appuient sur trois arguments principaux : l’absence de règle juridique claire qui impose que le chef du Gouvernement soit MP, des précédents historiques qui confirment que des membres du Cabinet peuvent être nommés avant de prendre un siège au Parlement, et que d’autres régimes parlementaires rattachés au système de Westminster acceptent des exceptions à la convention constitutionnelle. Mark Elliott ne partage cette position. Les statuts des partis, quand bien même ils ne seraient pas complètement comminatoires sur ce point, confirment que le chef du parti, destiné à devenir Premier ministre, doit être élu démocratiquement au niveau national. Il en va du principe de légitimité démocratique que doivent garantir les usages et les pratiques. Les conventions de la Constitution, si elles ne sont pas du « droit dur » invocable devant une juridiction, n’en demeurent pas moins impératives, même si elles connaissent quelques exceptions. Les éléments de souplesse opposés à l’analyse de Mark Elliot ne convainquent pas, car ils s’appuient sur des précédents qui ne correspondent pas exactement à la situation présente (soit parce qu’ils ne concernent pas un chef de parti désigné largement par ses membres, et élu confortablement lors d’une élection qui s’est tenue depuis moins de deux ans ; soit parce qu’ils concernent d’autres États qui peuvent s’écarter de la pratique britannique).

En l’espèce, les faits donnent raison à ceux qui soutiennent l’application pleine et entière de la convention dont nous faisons partie. Andy Burnham n’a pas prétendu défier Keir Starmer avant de se présenter à une élection partielle. La démission du député de Makerfield à son profit doit lui permettre de faire son retour à Westminster et de proposer une alternative à Keir Starmer avant la convention du parti. Cette configuration avait été envisagée il y a quelques mois, à l’occasion de l’élection partielle de la circonscription de Gordon and Denton. Mais, outre le fait que le NEC a jugé que le parti tirerait plus avantage du maintien d’Andy Burnham à la tête du Grand Manchester[5], elle s’était soldée par une victoire écologiste et, déjà, une défaite cinglante de la candidate travailliste. C’est justement ce danger qui guette Andy Burnham en juin. Bien qu’il soit fort populaire à Manchester et sa périphérie, la circonscription couvre également des territoires qui ont voté pour Reform UK en position de force dans le nord de l’Angleterre de façon générale.

L’issue de ce scrutin à haut risque pour Andy Burnham ne garantit pas forcément un triomphe par la suite face à Keir Starmer. Il faut remonter à 2007 pour retrouver l’organisation d’une élection d’un nouveau leader alors que le parti était au pouvoir. Toutefois, il n’y avait aucun suspens à l’époque. Il était convenu que Gordon Brown, alors chancelier de l’Échiquier, devait succéder à Tony Blair, démissionnaire[6]. En 1976, la défection surprise d’Harold Wison avait également provoqué des élections internes favorables à James Callaghan. Depuis que le parti travailliste est en position d’exercer le pouvoir, c’est donc la première fois qu’un Premier ministre issu de ses rangs est mis en cause en interne.

En revanche, l’histoire politique et constitutionnelle très récente a donné de nombreux exemples de chefs de gouvernement poussés vers la sortie par leur propre troupe : Margaret Thatcher en 1990 (à la suite d’un complot interne mémorable[7]), Theresa May en 2019 (empêtrée dans les débats sans fin sur l’accord de retrait de son pays de l’UE), Boris Johnson en 2022 (victime du Party Gate et de ses mensonges à la Chambre), ou Liz Truss la même année (après avoir fait paniquer les marchés en pleine crise économique).

L’expérience pas si lointaine de conservateurs incapables de trouver un chef sérieux et en mesure de surmonter les divisions du parti hante nombre de travaillistes, à juste titre.

III. Analyse critique

La perspective d’une élection partielle à portée nationale et d’une éventuelle procédure d’éviction de Keir Starmer est préoccupante. L’échec des travaillistes aux élections locales est indéniable, mais la réponse qui doit y être apportée implique de la prudence. La succession de Take-over Prime ministers qui vient d’être évoquée pour le cas pas si ancien des conservateurs ne renforce que rarement le parti au pouvoir. Les motifs qui animent les luttes internes révèlent souvent des divisions profondes ou des querelles de personnes. Le Labour doit, quant à lui, faire face aux erreurs et aux résultats jugés insuffisants de Keir Starmer. Mais changer les têtes est-il de nature à radicalement modifier l’état d’esprit des électeurs ? Un nouveau Premier ministre est-il en mesure de faire mieux que l’actuel ? La crise énergétique liée aux conflits en Ukraine et au Proche-Orient continuera de diffuser son poison sur toute l’économie mondiale au moins jusqu’à la fin de l’année 2026. Le successeur de Keir Starmer, si successeur il y a, n’obtiendra certainement pas des succès retentissants.

De son côté, Keir Starmer peut s’enorgueillir de quelques chiffres encourageants sur des sujets essentiels pour les électeurs britanniques : le PIB a crû de 0,3 % au mois de mars, l’inflation a baissé de 2,8 % en avril (notamment grâce aux mesures de plafonnement des prix de l’énergie), et le taux d’immigration net a baissé de près de 50 % en un an.

Peut-être que le gouvernement actuel mérite encore sa chance. Le réflexe du « dégagisme » n’est pas une solution, de même que rouvrir des sujets clivants qui impliquerait un vaste débat national (en particulier celui du Brexit sur lequel Wes Streeting souhaite revenir). Comme la chancelière de l’Échiquier, Rachel Reeves, l’a souligné, ce n’est sûrement pas le moment de mettre l’économie britannique un peu plus en danger en provoquant une crise politique aux résultats très aléatoires pour le Labour. La période d’incertitude qui s’ouvre jusqu’à la tenue de l’élection partielle à Makerfield affaiblit d’ores et déjà la position britannique sur les marchés. Le taux d’emprunt du Royaume-Uni sur les marchés a augmenté et la livre a chuté à peine Andy Burnham annonçait-il sa candidature.

La réaction d’une partie des travaillistes est donc des plus risquées. Malgré l’importance du scrutin de 2026, il reste local avec une participation, certes en hausse, mais peu élevée. Le temps est encore long d’ici 2029. Les retournements de conjoncture sont possibles et l’exercice du pouvoir par Reform UK dans les conseils locaux peut faire des déçus. Si les élections de mai constituent bien un test « grandeur nature » pour le Labour, il serait imprudent d’en faire une projection infaillible à longue échéance. Tirer des conclusions nationales de scrutins qui se jouent à d’autres échelons peut être plus hasardeux que de faire preuve de résilience et de patience, à la condition que Keir Starmer affiche une politique plus volontariste en matière sociale. C’est la condition sine qua non pour espérer reconquérir les bastions du nord de l’Angleterre (somme toute assez volatiles depuis les élections de 2019) et du pays de Galles. Le Premier ministre doit aussi se convaincre que suivre l’agenda de Reform UK n’est pas profitable électoralement. Nous l’avons souligné dans de nombreux éditoriaux ou tribunes : aucun parti modéré n’a tiré avantage d’une « course à l’échalote » avec l’extrême droite. À l’inverse, le gouvernement travailliste doit mieux communiquer sur des perspectives parfois encourageantes (retour du Royaume-Uni dans le concert mondial, rapprochement avec l’UE, réforme du NHS, résultats économiques plus honorables que prévu, maîtrise de l’immigration) et adopter des lignes de force qui devront être des propositions alternatives, radicalement différentes de celles avancées par Reform UK.

Retrouvez l’analyse de l’Observatoire du Brexit à propos de ces élections et des événements qui ont suivi (notamment la bataille au sein du parti travailliste et les manifestations de l’extrême droit à Londres le 16 mai ici :

Émission Tout Un Monde, avec Éric-Guevara-Frey, RTS,  “L’âme brisée de la gauche britannique” : https://www.rts.ch/audio-podcast/2026/audio/l-ame-brisee-de-la-gauche-britannique-avec-aurelien-antoine-29236043.html?id=29236036

RFI, Invité international : «Une mobilisation qui s’inscrit dans la montée de l’extrême-droite au Royaume-Uni», analyse le chercheur Aurélien Antoine” : https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-international/20260516-une-mobilisation-qui-s-inscrit-dans-la-mont%C3%A9e-de-l-extr%C3%AAme-droite-au-royaume-uni-analyse-le-chercheur-aur%C3%A9lien-antoine

Article de Public Sénat : https://www.publicsenat.fr/actualites/international/demissions-de-ministres-au-royaume-uni-keir-starmer-peut-il-encore-tenir-longtemps

Voir aussi l’article de RFI du 9 mai 2025 : https://www.rfi.fr/fr/europe/20260509-elections-locales-grande-bretagne-pays-de-galles-et-ecosse-les-nationalistes-ont-le-vent-en-poupe


[1] Nous renvoyons, sur ce point d’une certaine complexité, à nos précédents billets sur des élections passées et à notre ouvrage de Droit constitutionnel britannique qui en fait une présentation exhaustive.

[2] Notons que deux élections partielles pour deux conseils étaient également organisées au pays de Galles.

[3] À l’heure où nous écrivons, les résultats manquent de précision : The Guardian, The Telegraph et SkyNews donnent des résultats similaires, contrairement à la BBC. Nous donnons les chiffres accessibles de The Guardian et de la BBC.

[4] Sur les conditions précises du déroulement du scrutin, voir N. Johnston, Leadership elections : Labour Party, House of Commons Library, 31 octobre 2025, n° 3839, 58 p.

[5] Du moins, c’était l’un des arguments officiels. En cas de succès, Andy Burnham devra démissionner de son poste de maire, sans garantie de succès à l’élection partielle.

[6] Un pacte avait même été conclu entre les deux hommes. Tony Blair est, cependant, resté plus longtemps au pouvoir, ce qui a considérablement tendu les relations avec Gordon Brown. V. G. Radice, Trio. Inside the Blair, Brown, Mandelson Project, ‎ I B Tauris & Co Ltd, 2010, 268 p. ; A. Rawnsley, The End of the Party. The Rise and Fall of New Labour, Penguin, 2010, 912 p.

[7] R. Brazier, « The Downfall of Margaret Thatcher », The Modern Law Review, 1991, vol. 54/4, p. 471.

So What ? n°43

À la une ce mois-ci, pour le premier éditorial de l’année, une actualité internationale chargée. Alors que l’on célébrera dans quelques mois les dix ans du vote de sortie de l’UE, on assiste à un rapprochement manifeste du Royaume-Uni avec ses voisins européens. Parallèlement, sa « relation spéciale » avec les États-Unis paraît s’étioler. La droite parlementaire connaît elle aussi une recomposition tout à fait spectaculaire, tandis que les partis indépendantistes sont donnés favoris aux prochaines élections au Pays de Galles et en Écosse. L’année 2026 annonce ainsi de profondes reconfigurations.

So What ? n°43

So What ? n° 41

Par Lucien Carrier, docteur en droit, postdoctorant de la Chaire de Droit public et politique comparés

À la une de la lettre d’information de l’Observatoire de novembre 2025, le Royaume-Uni offre une actualité politique et juridique contrastée, avec de fortes ambitions diplomatiques (parfois contradictoires), des tensions budgétaires, des promesses reniées  et même un prince déchu. Le panorama qui suit revient sur les principaux événements des dernières semaines et en éclaire les enjeux essentiels

SO-WHAT-41

Les élections locales du 1er mai 2025 annoncent-elles la disparition du parti conservateur ?

Par Aurélien Antoine

Passés relativement inaperçus en dehors des frontières britanniques, les scrutins locaux et l’élection partielle aux Communes du 1er mai 2025 sont riches d’enseignements.

Pour mémoire, les élections locales de 2024 avaient à la fois annoncé la débâcle des conservateurs au scrutin général du mois de juillet suivant, la situation précaire du parti travailliste malgré l’obtention de nombreux sièges de conseillers, et la montée en puissance de Reform UK. Un an plus tard, des conclusions similaires s’imposent : les conservateurs poursuivent leur déliquescence, le Labour n’inspire pas confiance et connaît un reflux. Quant à Reform UK, ilrécolte une victoire inédite dans l’histoire politique du pays.

Ce constat nécessite d’être éclairé par la présentation exhaustive des résultats avant d’en tirer des leçons qui, sans être surexploitées, s’inscrivent dans un mouvement de fond qui pourrait effacer encore un peu plus la droite modérée du paysage politique britannique.

I. Présentation des résultats

Les élections du 1er mai concernaient 1600 sièges de conseillers pour 23 autorités locales anglaises. Six élections de maire se sont également tenues. Une élection législative partielle s’est enfin déroulée dans la circonscription de Runcorn et Helsby.

  1. Conseils locaux

Sur les 1600 sièges renouvelés, le parti de Nigel Farage, Reform UK, réalise une performance majeure. Avec 648 élus en plus (pour un total de 677), il devance toutes les autres formations politiques. Le gain en pourcentage du nombre de voix est assez vertigineux si on procède à une projection à l’échelle nationale : la formation d’extrême droite concentre 30 % des suffrages. Les libéraux-démocrates réalisent également un score honorable en décrochant 370 sièges (146 élus supplémentaires), mais stagnent en proportion du vote par rapport aux élections de 2024.

Tous les autres partis cède du terrain, soit en sièges, soit en pourcentage des suffrages projetés nationalement. Le parti travailliste au pouvoir et sans résultat probant depuis moins d’un an dans un contexte de crise économique et internationale n’espérait pas tirer profit de cet épisode électoral. Il perd près de 200 sièges et ne mobilise que 20 % de l’électorat en projection nationale. Les Verts, bien qu’enregistrant un gain de 41 sièges, reculent de 2 points en projection de proportion de voix. Ce sont toutefois les conservateurs qui subissent une déconvenue mémorable qui succède aux résultats historiquement catastrophiques de 2024, aussi bien localement en avril, que nationalement en juillet. En abandonnant 635 sièges (une perte de 674 élus depuis 2021) et ne représentant que 15 % de l’électorat en projection nationale, la formation dirigée par Kemi Badenoch se retrouve dans une situation préoccupante.

En nombre de conseils locaux d’Angleterre, le parti travailliste en domine toujours une large majorité (107 contre 108 en 2024). Les tories n’en disposent plus que de 33 alors qu’ils en avaient 140 en 2021. Les libéraux-démocrates continuent une progression initiée en 2018. Ils ne détenaient aucune assemblée locale en 2017 et en contrôlent maintenant 40 (trois de plus en 2025). Reform UK a concrétisé son succès en s’arrogeant la maîtrise de 10 conseils. Pour 10 autorités locales, aucun parti ne jouit d’une majorité.

Le recul des conservateurs est particulièrement net dans le Kent au sud et le Staffordshire dans le centre. Les travaillistes essuient des défaites cuisantes dans les comtés de Durham et Doncaster ou du Lancashire au nord de l’Angleterre.

La projection de ces élections à l’échelle nationale par la BBC montre que Nigel Farage a, non seulement confirmé ce que les sondages indiquaient depuis plusieurs mois, mais en a même dépassé les prédictions les plus optimistes.

  • Élection des maires

Pour les territoires qui étaient appelés à désigner un maire, les travaillistes connaissent une déconvenue en perdant l’autorité conjointe de Cambridge and Peterbrough au profit du parti conservateur. Le Labour conserve toutefois trois postes de maire, ce qui est satisfaisant au regard du contexte.Pour les deux nouvelles autorités conjointes (Greater Lincolnshire et Hull and East Yorkshire), Reform UK l’emporte. Le profil des deux maires élus est intéressant. Pour le Greater Lincolnshire, c’est Andrea Jenkins qui a triomphé de ses adversaires. Elle était députée du parti conservateur de 2015 à 2024 et avait assumé des fonctions gouvernementales de second rang sous Liz Truss. La personnalité du vainqueur du scrutin dans le Yorkshire est diamétralement opposée à celle d’Andrea Jenkins. Luke Campbell, champion de boxe lors des Jeux olympiques de Londres en 2012, est un novice en politique. Il se présentait pour la première fois à une élection.

  • Élection partielle au Parlement

L’événement dramatique de la journée du 1er mai fut l’issue de l’élection partielle de Runcorn and Helsby. Le contexte de ce scrutin n’était pas favorable au parti travailliste qui tenait la circonscription. Hormis l’impopularité actuelle du Labour, la candidate Karen Shore devait faire oublier la démission de son prédécesseur (Mike Amesbury) qui s’était rendu coupable de coups et blessures. Après une demande de recomptage épique sollicitée par le Labour, la candidate de Reform UK, Sarah Pochin, l’a emporté de six voix, un écart minimal dans l’histoire électorale du Royaume-Uni. Le parti travailliste a perdu une circonscription qu’il détenait depuis plus de 50 ans.

Reform UK retrouve donc le nombre de MPs qu’il avait obtenu lors des élections générales du 4 juillet 2024 (5 ; Rupert Lowe avait fait défection en mars 2025 après avoir proféré des menaces à l’encontre de Zia Yusuf, l’un des caciques de Reform UK).

II. Prudence dans l’analyse

Comme nous le soulignions dans nos analyses des élections locales précédentes, il faut conserver une relative prudence quant aux conclusions à tirer des résultats.

En premier lieu, le scrutin reste local, concentré sur l’Angleterre, portant sur des territoires plutôt à droite, et moins mobilisateur que les élections nationales. Peu de conseils étaient concernés par rapport à d’autres échéances électorales locales. Les projections nationales de la BBC, aussi intéressantes soient-elles, doivent donc être appréciées avec distance.

En deuxième lieu, et en ce qui concerne le parti travailliste, l’issue de la journée du 1er mai ne faisait guère de doute alors que, au niveau national, il ne parvient toujours pas à emporter la conviction des électeurs. Il convient de rappeler ici que le Labour, malgré sa victoire aux élections générales de 2024, avait connu un recul en nombre de voix exprimées en sa faveur par rapport aux législatives de 2019, année de défaite. Les deux mauvaises surprises sont finalement la perte de la circonscription de Runcorn and Helsby et un recul net dans le nord de l’Angleterre.

En troisième lieu, ce type de scrutin, tout comme les élections européennes en leur temps, est favorable aux tiers partis. Le score des libéraux-démocrates et des Verts, au-delà de Reform UK, le prouve. Le plus inédit est que, pour la première fois depuis la grande réforme de 1972 par le Local Government Act, ni les travaillistes ni les conservateurs ne figurent dans les deux premiers partis ayant enregistré les plus forts gains en sièges.

En quatrième lieu, la compilation des sondages nationaux réalisée par le site Politico confirme le coude-à-coude entre les formations travaillistes, conservatrices et d’extrême droite (respectivement 24 %, 20 % et 27 %). Aucune conclusion claire en faveur de Reform UK ne peut être tirée pour le prochain scrutin législatif. À cela s’ajoute le fait, non négligeable, que Nigel Farage est peu apprécié, même s’il l’est plus que Keir Starmer. La forte personnalisation des élections générales pourrait donc le desservir, de même que la proximité longtemps assumée vis-à-vis de l’administration américaine qui fait l’objet d’un profond rejet par les Britanniques. Pour conclure sur la personne de Nigel Farage, il faut souligner qu’elle est à la fois l’atout de Reform UK et son handicap. Charismatique et dotée d’un certain sens politique, elle empêche l’émergence de successeurs. L’assimilation presque complète d’un parti à un individu limite sa durabilité et son efficacité – le leader ne pouvant pas se démultiplier pour mener campagne. L’histoire du UKIP, celle du Brexit party, les débuts tumultueux de Reform UK et l’exclusion récente de Rupert Lowe sont autant de signes que les mouvements de Nigel Farage sont entièrement dépendants de ses décisions parfois peu avisées, voire de ses caprices.

En cinquième lieu, ce n’est pas la première fois que l’une des formations politiques dirigée par Nigel Farage réalise une performance électorale de haut niveau. En dehors du référendum sur le Brexit, il avait déjà atteint un score honorable en 2015 et 2016 aux élections locales et avait caracolé en tête aux élections européennes en 2019 et en 2014 (avec une deuxième place en 2009). En pourcentage des voix, les 30 % avaient étaient dépassé en 2019. Ces victoires ne se sont pas traduites par un équivalent lors des élections générales qui suivirent, que ce soit en 2015, en 2017 ou en 2019.

Cependant, les scores de Reform UK pour ces élections locales sont inédits et succèdent à des résultats tout aussi historiques le 1er juillet 2024 au Parlement. S’il faut demeurer prudent dans l’interprétation des chiffres de ce printemps, il n’est pas exagéré d’affirmer que la droite modérée s’éclipse dangereusement outre-Manche.

III. Poursuite de l’effacement de la droite modérée

Les préventions prises et les éléments de relativisation du succès de Reform UK ne sauraient conduire à nier l’évidence : le parti dirigé par Nigel Farage monte en puissance dans un scrutin qui lui a été longtemps défavorable. Ce constat inspire plusieurs réflexions.

En s’ancrant localement après avoir franchi un premier plafond de verre avec cinq MPs en 2024, Reform UK dispose d’une base structurante qui lui manquait. S’il y a encore du chemin à faire pour que la formation d’extrême droite soit réellement professionnalisée, comme les grandes formations politiques du pays, les progrès sont indéniables. La défection d’élus et de militants conservateurs vers Reform UK est de nature à accélérer cette évolution, en particulier par des ambitions électorales qui dépassent l’Angleterre. L’émergence de Reform UK en Écosse en est un signe au détriment des tories, mais aussi, et surtout, des travaillistes qui sont, par ailleurs, de plus en plus contestés au pays de Galles. L’état des rapports de force dans ces deux nations devra être scruté avec attention, notamment lors des élections de 2026 aux Parlements écossais et gallois.

Les sursauts électoraux de Reform UK se sont systématiquement, ou presque, traduits par une réaction politique des autres partis pour en contrecarrer les effets. En 2014-2015, la menace UKIP fut l’un des facteurs déterminants de la tactique de David Cameron de soumettre l’adhésion à l’UE à un référendum avec le résultat que l’on sait. En 2016 et en 2024, le maintien du UKIP à des niveaux non négligeables à l’occasion de plusieurs scrutins a eu pour conséquence une radicalisation du parti tory. En 2024, les bons scores de Reform UK ont accentué la défaite du parti conservateur au bénéfice du Labour, emportant la désignation d’une leader tory très à droite (Kemi Badenoch) et une déperdition d’élus et de militants. Finalement, depuis 2014, le parti conservateur est devenu électoralement dépendant de l’extrême droite. Contraint à une véritable course à l’échalote avec le UKIP, puis avec Reform UK, il subit le même sort que les partis de droite modérée en Europe : la radicalisation d’une partie de ses cadres et de l’essentiel de son programme. Cette tactique, si elle a pendant un temps permis de gagner les élections, finit par jouer contre le parti lui-même. Sur le long terme, il n’y a pas de génie politique copieur des idées d’une autre formation politique. L’original l’emportera toujours. Tel fut le cas du Rassemblement national en France par rapport aux Républicains.

L’avenir du parti conservateur est plus qu’incertain. L’hypothèse de son éclipse au profit de Reform UK devient plus sérieuse, non seulement au regard des exemples étrangers, mais surtout en raison du fait que la vie politique britannique s’est structurée en partie depuis plus de dix ans autour des thématiques de l’extrême droite (Brexit et immigration, notamment). Le fait que le mouvement de Nigel Farage enregistre des victoires électorales conséquentes devient une constante dangereuse pour la démocratie libérale britannique. Il n’est pas encore possible de parler de succès structurel de Reform UK en seulement quelques mois et à l’aune des seuls résultats d’un scrutin local, mais sa progression fulgurante et durable dans les sondages le fait basculer dans une autre dimension.

Pour les conservateurs, il est sans doute temps de réfléchir à un projet innovant capable de se démarquer de l’héritage thatchérien et de la démagogie d’extrême droite. C’est un vaste chantier qui, nous semble-t-il, nécessite une ou un dirigeant d’envergure, ce que n’est pas Kemi Badenoch. Cependant, une autre option pourrait triompher : l’alliance plus ou moins assumée entre le parti tory et Reform UK (qui a pu être implicite lors des élections générales de 2015 et 2019, quand les conservateurs ont repris des idées de Nigel Farage).

Du côté du Labour, les sondages sont inquiétants, mais les marges de manœuvre et les perspectives pourraient s’avérer moins catastrophiques que pour les tories. Il apparaît que les électeurs a priori favorables au parti de gauche ne se sont pas mobilisés pour ces élections locales qui ont d’abord concernées des territoires conservateurs. Le sort de Keir Starmer lors des futures élections dépendra largement de ses résultats économiques et de sa capacité à soutenir les régions les plus défavorisées du nord de l’Angleterre. Il faut alors espérer que les réformes lancées aient un effet et que l’adoption à venir de l’Employment Rights Bill (qui vise à améliorer les droits des salariés)permettra aux travaillistes d’engranger des gains de popularité du côté des classes moyennes. Sous un angle plus politique, le parti travailliste jouit d’un avantage par rapport aux tories : l’absence d’extrême gauche susceptible de lui nuire. En outre, la bonne santé électorale des libéraux-démocrates (et des Verts dans une moindre mesure) pourrait contribuer, en cas de Parlement sans majorité lors des élections générales prévues au plus tard en 2029), à la constitution de coalitions modérées.

L’éclatement de la vie politique britannique (souhaité par une bonne part des électeurs) se poursuit donc en parallèle d’un tripartisme autour, soit des libéraux-démocrates, des nationalistes écossais, ou, demain, des démagogues d’extrême droite. Mais il se pourrait que les prochains scrutins, à l’image de celui de 2025, provoquent un rééquilibrage des rapports de force entre les travaillistes, les conservateurs, Reform UK, le SNP et libéraux-démocrates. À s’en tenir aux élections du 1er mai 2025 et aux sondages depuis l’automne 2024, l’hypothèse la plus probable ces derniers mois serait, à terme, le retour d’un Parlement sans majorité. À l’échelon local, ce phénomène est déjà bien amorcé, tandis que le nombre de conseillers indépendants augmente et que les conseils sans majorité sont désormais une constante. Reform UK n’est pas encore aux portes du pouvoir, mais il vampirise le parti conservateur et s’arroge des pans entiers du mur rouge du nord de l’Angleterre que les travaillistes avaient reconquis il y a moins d’un an. Si la survie du plus vieux parti britannique est en cause, le Labour porte de son côté l’éventuelle responsabilité de futurs triomphes de l’extrême droite si sa politique au gouvernement ne tient pas plus compte des citoyens les plus exposés à la crise. Après l’illusion du Levelling-up conservateur, ils ne pardonneront pas à l’autre grand parti britannique de les avoir trompés.

Quels enseignements tirer des résultats des élections locales en Angleterre et au pays de Galles ?

Par Aurélien Antoine

Après l’Écosse, c’est à l’Angleterre que l’Observatoire du Brexit s’intéresse pour tirer les enseignements des élections locales du 6 mai dernier. Ce premier scrutin post-Brexit est aussi intéressant de l’autre côté du mur d’Hadrien, même si les enjeux paraissaient moins fondamentaux qu’en Écosse et que le Brexit et ses conséquences préoccupent moins les Anglais que les Écossais.

Le sujet de l’indépendance de l’Écosse a en partie occulté la réalité politique britannique et sa complexité qui émerge après les élections locales du 6 mai. Si le scrutin a permis aux nationalistes du SNP et des Verts de renforcer leur position en Écosse, les conservateurs se maintiennent avec 30 élus et, surtout, connaissent un succès peu discutable en Angleterre. Déjà dominants, ils remportent 13 nouveaux conseils avec 235 élus supplémentaires. En marge de ce scrutin territorial partiel, les tories ont gagné la circonscription d’Hartlepool qui, depuis son existence, était détenue par le Labour. Le mur rouge du nord de l’Angleterre continue donc de s’effondrer après l’élection générale de décembre 2019. Boris Johnson peut, de surcroît, s’enorgueillir d’une victoire nette lors d’un scrutin intermédiaire, ce que peu de Premiers ministres en exercice ont connu à un tel niveau, qui plus est dans un contexte aussi défavorable. Les récentes polémiques qui ont touché le Premier ministre n’ont manifestement pas eu un effet considérable sur les électeurs.

Résultats des élections locales partielles en Angleterre (Source : Financial Times)

La victoire conservatrice doit beaucoup à l’incapacité du parti travailliste à se reconstruire, malgré les qualités indéniables de son leader, Keir Starmer. Les deux autres motifs sont à mettre à l’actif du gouvernement : le succès de la campagne vaccinale et la promesse tenue de mettre un terme au processus du Brexit. Les difficultés d’application du traité de commerce et de coopération a finalement touché à la marge les Anglais, en particulier dans le nord non-côtier. En outre, la problématique de la frontière irlandaise n’est pas centrale dans leur vie quotidienne, de même que les affrontements relatifs à la pêche sur la Manche. Les électeurs favorables au Brexit du nord de l’Angleterre font désormais plus confiance aux tories pour mener une politique nouvelle qui rompt en partie avec les précédents cabinets conservateurs et qui paraît plus claire que la ligne du Labour. Ce dernier a souvent tergiversé sur les dossiers importants du moment. Le ralliement au TCC a suscité des divisions, tandis que, face à la crise pandémique, le sentiment d’union nationale, s’il n’est pas partagé par tous, rend difficile l’expression des oppositions.

Plus structurellement, le parti travailliste a un problème de doctrine politique qui touche l’ensemble des socio-démocrates en Europe. Un virage à gauche, plus social et plus écologique, aurait pu donner un nouveau souffle au Labour. Malheureusement pour eux, cette orientation a été incarnée ces dernières années par Jérémy Corbyn qui fut sans doute l’un des plus mauvais dirigeant travailliste depuis 1945. Keir Starmer, en proposant un recentrage pour faire oublier son prédécesseur, a peut-être eu tort, car il a pu laisser entendre que le courant issu du New Labour de Tony Blair – rejeté depuis de nombreuses années par l’électorat populaire – reprenait la main. La percée des Verts en Angleterre et en Écosse doit incontestablement conduire la gauche à se structurer autour de l’enjeu environnemental en lui donnant une dimension sociale plus grande que ne le font les conservateurs. Les Verts, qui réalisent une nouvelle percée en Angleterre après celle de 2019 avec 88 élus de plus (mais sans gagner de conseils locaux), pourraient désormais jouer un rôle majeur dans la reconstitution de la gauche britannique. L’espace doit également être occupé sur le sujet des libertés publiques à l’égard desquelles le parti conservateur est profondément réactionnaire. Le parti travailliste, lorsqu’il était au pouvoir, a eu une politique ambiguë sur ce terrain. Malgré l’adoption du Human Rights Act en 1998, les lois liberticides sur fond de lutte contre le terrorisme se sont multipliées. Enfin, les voix de gauche se font peu entendre sur la situation de l’Irlande du Nord, tandis qu’il est peu aisé de comprendre l’approche travailliste des relations internationales et européennes.

Malgré la crise idéologique que traverse le Labour, il convient de rappeler que, sur l’ensemble du Royaume-Uni, il ne perd pas d’électeurs. Ainsi, Sadiq Khan à Londres (malgré une victoire moins éclatante que prévu), Andy Burnham dans le Grand Manchester, Steve Rotherman pour la région de Liverpool, Marvin Rees à Bristol, et Paul Dennett à Salford ont conservé leur siège de maires. De plus, Cambridge et Peterborough sont tombés dans l’escarcelle du Labour avec la victoire de Nik Johnson. La région de West England a également basculé à gauche. À Liverpool, Joanne Anderson a été élue première maire de la ville. Au pays de Galles, les travaillistes ont aussi réalisé de bons scores et battent même leur record aux élections au Parlement national en raflant la moitié des sièges. À propos du pays de Galles, notons que les conservateurs gagnent cinq sièges, sans doute au détriment du UKIP qui perd tous ses représentants.

Répartition des sièges au Parlement gallois à la suite des élections de 2021

C’est l’un des autres enseignements à tirer des élections locales anglo-galloises : la débandade du UKIP. Ce dernier était doublement handicapé, par le succès conservateur sur le front du Brexit et par la disparition de sa raison d’être, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. La projection des résultats des élections locales en chiffres nationaux, réalisée par le Pr John Curtice, permet de mieux apprécier la domination des tories.

Répartition des voix par parti à l’échelle nationale à la suite des élections locales de 2021

La victoire anglaise de Boris Johnson est finalement un négatif de celle des nationalistes en Écosse : la manifestation d’un sentiment selon lequel le Brexit appartient désormais au passé et que la politique nationale doit se concentrer sur des sujets plus proches de populations se sentant laissées pour compte depuis plusieurs décennies. Il n’est pas certain que le parti conservateur apporte une réponse structurelle et satisfaisante aux difficultés sociales du nord de l’Angleterre, mais en affichant une politique volontariste, souvent démagogique et illusoire, il occupe incontestablement le terrain. Une fois la pandémie passée, les fractures sociales et territoriales anciennes qui fragilisent le Royaume-Uni pourraient assombrir la fin du mandat de l’actuel Premier ministre. Avant cette échéance, il devra aussi surmonter l’affaire des travaux dispendieux du 10 Downing Street, les résultats d’enquêtes qui se multiplient (et s’annoncent) sur la gestion du début de la pandémie, et les révélations que Dominic Cummings, son ancien conseiller, compte faire sur ce même sujet. En somme, les élections locales n’auront été qu’une brève éclaircie pour l’Exécutif qui semble, toutefois, ne plus pâtir de la gestion difficile des relations avec l’Union européenne.